Le Cameroun est un pays que l’on oublie trop souvent. Coincé entre le Nigeria et le bassin du Congo, il est pourtant un pivot stratégique dont la stabilité conditionne celle de toute l’Afrique centrale. En cette année 2026, le pays est à la croisée des chemins.

Paul Biya a 92 ans. Il est au pouvoir depuis 1982. Le 13 juillet 2026, il a annoncé sa candidature pour un huitième mandat. La commission électorale a validé sa candidature, mais a exclu Maurice Kamto, le principal opposant. L’élection présidentielle est prévue pour le 12 octobre 2026.

Trois scénarios se dessinent. La continuité, d’abord : Biya est réélu, le parti au pouvoir verrouille la transition. La transition contrôlée, ensuite : le vieux président se retire et désigne un successeur. La crise politique, enfin : une succession contestée ou une vacance soudaine du pouvoir plonge le pays dans l’instabilité.

Aucun de ces scénarios n’est anodin. Le Cameroun est le cœur économique de la CEMAC, la communauté des États d’Afrique centrale. Si Yaoundé vacille, le Gabon, le Tchad, la RCA et le Congo en subissent les conséquences.

Mais l’élection n’est pas le seul défi.

Depuis 2017, une guerre larvée déchire l’ouest du pays. Les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont en proie à un conflit séparatiste. Des groupes armés réclament l’indépendance de l’Ambazonie. Le gouvernement répond par la force. Le bilan est lourd : plus de 6 000 morts, 700 000 déplacés internes. Le gouvernement refuse toute négociation avec les séparatistes. La communauté internationale se contente d’appels au dialogue qui restent lettre morte.

Ce conflit est une poudrière. Il pourrait s’embraser à tout moment, quel que soit le résultat de la présidentielle.

Sur le front économique, le fait majeur est le port de Kribi. Construit par China Harbor Engineering Company avec un financement chinois, il est devenu le hub commercial de la région. La deuxième phase est opérationnelle depuis 2025. Sa capacité atteint 4,5 millions de tonnes par an, avec une croissance annuelle de 22 %. Une réussite technique, incontestablement.

Mais Kribi est aussi un levier d’influence pour Pékin. Le port offre à la Chine une tête de pont pour ses exportations vers l’Afrique centrale, et un point d’entrée pour les matières premières du continent. La dette du projet est détenue par des banques chinoises. Pendant ce temps, la dette publique camerounaise atteint 44,3 % du PIB. Le remboursement au FMI, qui débute en 2026, s’élève à 573 milliards de francs CFA. Yaoundé doit jongler entre les exigences de Washington et l’alternative offerte par Pékin.

Dans l’Extrême-Nord, enfin, la menace de Boko Haram persiste. Le 3 juillet 2026, sept villageois ont été tués. Le 14 juillet, un civil a été tué et quatre soldats blessés. Le Cameroun participe à la force multinationale mixte avec le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Bénin. Mais les résultats sont mitigés. La France a réduit sa présence militaire. La Russie et la Chine, discrètement, fournissent équipements et formation. Les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël maintiennent aussi une coopération militaire avec Yaoundé.

Le Cameroun est un condensé des défis qui attendent l’Afrique dans les années à venir. Une démographie galopante, des institutions fragiles, une jeunesse sans perspective, des richesses naturelles convoitées par toutes les grandes puissances, et une instabilité chronique aux frontières. Dans ce grand jeu, Yaoundé tente de maintenir un équilibre entre l’Occident, la Chine et la Russie. Cet équilibre est fragile.

La présidentielle d’octobre 2026 sera un test décisif. Le monde aurait tort de ne pas la regarder de près.


Par la rédaction
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