L’espace n’est plus le sanctuaire de la coopération internationale. Il est devenu un champ de bataille. Deux projets, deux visions, et un même constat : les règles du jeu restent à écrire.
D’un côté, Jilin-1. La constellation chinoise d’observation de la Terre compte aujourd’hui 152 satellites en orbite, sur 162 lancés. Quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux offrent une résolution de 0,5 mètre. Ils peuvent revisiter n’importe quel point du globe 38 à 40 fois par jour, soit une observation toutes les 35 à 40 minutes. L’objectif affiché par Chang Guang, l’opérateur de la constellation, est d’atteindre 300 satellites d’ici 2027, avec une revisite à la minute près et une résolution descendant à 30 centimètres, voire 20 à 22 centimètres dans certaines configurations. Le streaming vidéo en haute définition est déjà disponible en temps réel.
L’Iran l’a bien compris. Les Gardiens de la révolution utilisent les données de Jilin-1 pour suivre les mouvements des forces américaines et israéliennes. La base de Muwaffaq Al-Salti, en Jordanie, est surveillée en continu. Les mouvements de troupes, les rotations d’appareils, les déploiements logistiques : tout est visible. L’Iran combine les images de Jilin-1 avec les systèmes de navigation chinois BeiDou et russe GLONASS pour contourner le brouillage GPS américain. Une capacité que Téhéran n’aurait jamais pu développer seul.
En avril 2025, le Trésor américain a sanctionné Chang Guang. Sans effet. Les données sont accessibles, les images circulent sur les réseaux sociaux, et le monopole occidental du renseignement spatial est mort. Jilin-1 a démocratisé la surveillance depuis l’espace. Pour le meilleur et pour le pire.
De l’autre côté du Pacifique, un projet d’une tout autre nature. Eärendil-1, du nom d’un personnage de la mythologie de Tolkien, est un satellite équipé d’un miroir de 18 mètres de diamètre. Placé en orbite à 625 kilomètres d’altitude, il est conçu pour réfléchir la lumière du Soleil vers la Terre la nuit, créant un faisceau de 5 à 6 kilomètres de diamètre, aussi lumineux que la pleine lune. L’objectif affiché par Reflect Orbital, la start-up californienne qui le développe, est d’éclairer des zones pour des opérations de secours, des chantiers, ou de prolonger la production des centrales solaires après le coucher du soleil.
Le 9 juillet 2026, la Commission fédérale des communications américaine a donné son feu vert pour le lancement d’un démonstrateur, prévu fin 2026, probablement via une fusée SpaceX depuis la base de Vandenberg. La start-up a levé 20 millions de dollars en 2025. Son ambition à long terme : déployer 50 000 miroirs en orbite d’ici 2035.
L’opposition est massive. L’American Astronomical Society a déclaré que le projet « ne peut pas être considéré comme servant l’intérêt public ». L’European Southern Observatory parle d’une « menace existentielle pour l’astronomie optique ». DarkSky International, la Royal Astronomical Society, le Vera C. Rubin Observatory : tous ont déposé des commentaires d’opposition. Près de 2 000 au total.
La FCC a tranché. Les préoccupations astronomiques « sortent du cadre » de son examen. L’autorisation ne concerne qu’un seul satellite expérimental, pas une constellation. Mais le précédent est créé.
Le droit international, lui, n’a pas suivi. Le traité de 1967 sur l’espace extra-atmosphérique est muet sur le commerce spatial et flou sur les usages militaires. Les projets de traité sur la prévention d’une course aux armes dans l’espace, présentés en 2008 et 2014, n’ont jamais abouti. Le terme « usage pacifique » reste interprété de manière divergente : non-militaire pour les uns, non-agressif pour les autres. Les objets à double usage, comme Jilin-1 ou Eärendil-1, compliquent toute classification juridique.
Face à ce vide, chaque État fait ses propres règles. Quarante et un pays ont adopté des lois nationales régulant les activités spatiales, y compris militaires. L’Allemagne, dans sa stratégie spatiale de 2026, considère l’espace comme « le centre du conflit lui-même ». La Chine développe une constellation commerciale qui sert sa diplomatie et ses alliés. Les États-Unis autorisent un miroir privé qui éclairera la Terre la nuit.
Jilin-1 et Eärendil-1 ne sont que les premiers signes d’une transformation profonde. L’espace devient un théâtre d’opérations, de commerce, de surveillance. Les règles du jeu restent à écrire.
Pour l’instant, c’est un Far West orbital. Et dans un Far West, les plus forts gagnent.
Par la rédaction
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Sources
- https://www.nytimes.com/2026/07/10/climate/fcc-space-mirror.html
- https://news.pconline.com.cn/2176/21767083.html
- https://raw.githubusercontent.com/khalid-naami/khalid-naami.github.io/refs/heads/main/blog/2026-05-22-chinese-satellites-breaking-us-israel-space-monopoly.md
- https://verfassungsblog.de/germany-space-strategy/
- https://www.satellitetoday.com/technology/2026/07/10/fcc-approves-reflect-orbital-demo-satellite-to-test-redirecting-sunlight/
- https://space.skyrocket.de/doc_sdat/jilin-1-gaofen-07a.htm
- https://www.siyassa.org.eg/News/22385/تحليلات/التفوق-الاستخباراتي-الصيني-وإعادة-صياغة-قواعد-الاشتباك-بين-واشنطن-وطهران.aspx
- https://jura.ku.dk/ceres/english/events/star-wars-2026-militarisation-conflict-and-international-law-in-outer-space/
- https://www.wired.com/story/reflect-orbital-earendil-mirror-satellite-fcc/
- https://github.com/khalid-naami/khalid-naami.github.io/blob/main/blog/2026-05-22-chinese-satellites-breaking-us-israel-space-monopoly.md
- https://academic.oup.com/book/62934/chapter-abstract/564285382?redirectedFrom=fulltext
- https://www.universetoday.com/articles/fcc-approves-first-launch-for-space-reflector-constellation
- https://news.cgtn.com/news/2026-04-14/China-launches-Lijian-1-Y12-rocket-to-send-8-satellites-into-space-1MkSYdZmmGY/index.html
- https://www.deccanherald.com/amp/story/opinion/an-isr-plan-to-counter-china-4071467
- https://garuda.kemdiktisaintek.go.id/documents/detail/5874610

